Drawing and text excerpt: “Unsere Verbindung”



« Maëlle sait qu’elle ne peut reculer, la rencontre aura lieu, là, sur ce coin de terrasse. Si elle ne se présentait pas ? Axel ravale le goût amer de sa frayeur. Il blottit une main dans sa tignasse de jais. C’est bien plus fort que lui, ça le calme quand son corps vibre trop. La gorge coincée dans un étau, elle avale un torchon. Si elle se défilait ? Elle hésite un instant. Mais cette âme en pull marine est bien trop inouïe ! Elle crève d’envie de cette voix qui lance un flux violent dans ses artères, du froid humide entre ses doigts. Maëlle camoufle sa peur sous le sourire pour enfin s’accueillir.


Approche transie vers un homme agrippé à la contemplation trop grave d’un sucrier. Déshabillé des yeux, il sent un souffle sur la peau glabre, sous le coton de sa chemise cachée dessous la laine. Un de ses regards maelstrom et son visage prend vie : les fines pattes d’oies au coin des yeux, les pommettes hautes juchées sur le sourire. Tout un bestiaire de joie sur ce faciès de loup. Dans un élan nerveux, son corps se lève, avance, puis sa pensée le suit. Ivres de toute cette confusion, ils gagnent les berges du sourire. Dans une salutation gênée, ils tendent les bras vers l’autre, pour une étreinte de joie. Leurs mains de rescapés s’abordent, le bleu de l’homme l’enveloppe comme un manteau de laine. Les corps sont une cire chaude, qui se dilate et se moule sur la forme de l’autre.


Dire qu’il y a des gens qui croient s’aimer.


Elle flaire sur la peau inconnue l’eau de Cologne originale. Parce qu’il lui avait un jour confié ce qu’il portait, elle avait fait de cette fraîcheur l’amant fidèle de ses nuits. 4711 lui revient maintenant de droit d’homme. L’eau se teinte d’un autre accent, outremer, masculin et boisé. Métamorphose de l’intime en une nouvelle essence. Tout dans cette étreinte est pourtant familier : les molécules d’agrume et la hauteur du corps dans une mer de laine tendre. Debout, au milieu d’autres humains, il fait durer l’union indécemment. Au creux de ses bras, elle se calme dans l’abandon des nerfs. Un choc vagal de l’âme. Elle est enfin protégée du passage rugissant de sa crainte. Une vie entière d’absurdité bruyante s’effondre dans cette étreinte de bleu. Calmée du présent, éclipsée du passé. Elle le sent trop ému dans ses mots chuchotés, les lèvres enfouies dans la masse de ses cheveux. L’accent qui joue à cache-cache derrière l’anglais la fait jouir plus que jamais. Si les corps se séparent, les êtres persistent à se tisser. L’arrachement des atomes fait rappliquer les nerfs. Il l’invite à s’asseoir, d’une main qui tremble à peine moins que le timbre de leurs voix. Ils entremêlent trois langues, ils bredouillent des bêtises pour meubler le trac des souffles. Des mantras pour affolés. Puis, ils se sourient, accablés de gêne, chavirés par leurs charmes. En ironisant, ils s’avouent l’émotion qui les broie. Le rire détend les atomes de la peur. »


Text ©Mokusho Abigaëlle Richard, Bleu, 2021

Drawing ©Mokusho Abigaëlle Richard, Unsere Verbindung, 2017, black and red inks on watercolor paper, 8”x10”

Music ©Apparat, Ash-black veil


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