Photo and text excerpt: "Lampaul-Plouarzel"



Lampaul-Plouarzel : Le sentier du bonheur


« Une escapade loin de Brest la grise. On se dit que l’on n’a rien à perdre. Une après-midi sur la côte du Finistère, ce ne peut pas être désagréable. Pas d’attentes : le secret de la vie, car c’est là où tout s’illumine.


C’est sans attentes, donc, que je suis arrivée au petit village de Lampaul-Plouarzel, après avoir parcouru, par car, tous les giratoires du pays, en passant par St Renan, pour attraper au vol tous les écoliers de la région en pause déjeuner.


Le village est désert, les maisons ont le charme des petits villages balnéaires qui connaissent la richesse de leur côte. De cette agglomération modeste, rien de transcendant n’émane, à part une jolie petite chapelle sombre et silencieuse, mais pas d’appel à y habiter. Puis, en m’éloignant peu à peu de ces maisons claires, sur la gauche, des herbes folles prennent la suite de cette petite route qui va longer la côte.


Au tournant, tout s’éclaire en moi. Estomaquée me voilà devant un paysage digne de mes fantasmes les plus ardents : une mer nordique agitée de grandes vagues qui viennent se casser contre des rochers rosés et anguleux. Au-dessus, des corniches à la végétation courte laissent passer un petit chemin : « le sentier côtier ».


J’ai envie de pleurer. J’ai rêvé de tels paysages une bonne partie de ma vie : ceux de l’île de Skye, des îles Faeroe, de l’Islande, des fjords scandinaves, ou des côtes d’Irlande et de Cornouailles. Maintenant je l’ai là, ce paysage idyllique, qui surpasse les désirs de mon imaginaire.


Je sillonne calmement ce sentier un peu magique, rempli de fées et de korrigans, où je prends plus de photos que dans tout mon voyage réuni. Comme tous les vacanciers, je me rêve ici. Je visualise ma toute petite maisonnette, en poutres et poteaux et en murs de chaux avec sa petite cheminée, et ce, à quelques pas d’une de ces corniches enchanteresses et sauvages, où la lumière change en continu pour offrir à l’œil émerveillé des séries de paysages incessamment renouvelés.


Le calme, le vent qui décoiffe, le vent qui ramène vers nous les vagues et le parfum délicieux du varech iodé. L’eau qui passe du turquoise au bleu marine, en passant par une infinité de tons verts, de tons gris. Je repense à Daudet avec sa contemplation du haut des corniches corses, près du phare des Sanguinaires. Cet état de contemplation il l’a décrit parfaitement :


« [...] je venais me mettre entre deux roches au ras de l’eau, au milieu des goélands, des merles, des hirondelles, et j’y restais presque tout le jour dans cette espèce de stupeur et d’accablement délicieux que donne la contemplation de la mer. Vous connaissez, n’est-ce pas, cette jolie griserie de l’âme ? On ne pense pas, on ne rêve pas non plus. Tout votre être vous échappe, s’envole, s’éparpille. On est la mouette qui plonge, la poussière d’écume qui flotte au soleil entre deux vagues, la fumée blanche de ce paquebot qui s’éloigne, ce petit corailleur à voile rouge, cette perle d’eau, ce flocon de brume, tout excepté soi-même… Oh ! que j’en ai passé dans mon île de ces belles heures de demi-sommeil et d’éparpillement ! » (A. Daudet, Lettres de mon moulin, Le phare des Sanguinaires)


Text ©Mokusho Abigaëlle Richard, Carnets d'errance

Photo ©Mokusho Abigaëlle Richard, Solitude, Lampaul-Plouarzel, 2018


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